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Recto...

Le monde version recto... l'amour, l'amitié,l'humour, la vie,... C'est beau, c'est doux...


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Recto Verso
Une fée...
--> Introduction de 'une fée' de Frédéric Boyer

          L'histoire qui commence ici n'a laissé aucune trace nulle part. Rien. La voilà la tristesse des choses racontées. Le vide central autour duquel le monde tournoie. La falsification contemporaine. Vraie fatalité de l'espèce et du genre. En route. Il faisait noir dans les rues et jusque dans les chambres où nous nous reposions. Quoi d'autre? Dormir, c'est vite dit. Voilà du bruit à la porte

          Cette histoire n'est pas tirée d'un livre ni de l'imagination de quelqu'un. C'est une rencontre. Il n'y manque rien. Tout existe. Tout est là. Tout est vrai. Le chateau des ombres. Les personnages de cette histoire sont réels, de vrais vivants et morts. Bourrés de paille et du reste, le nécessaire de survie. Hélas. Cette histoire empoisonne tout. Elle pourra paraître ordinaire par certains aspects. Et par d'autres, elle pourra ressembler à un horrible conte. C'est le côté illusionniste et cruel de l'existence humaine, du drame sous nos yeux et qu'on ne voit jamais.

          Visions

          Jugez vous-mêmes

          On part au petit trot. Ca ne sera rien, comme disent les épiciers et les médecins de notre enfance. Oui, médecins, maitres, bouchers, coiffeurs... personnages tutélaires de notre existence-comme-il-faut, idoles sourcilleuses, avides d'offrandes financières et de rituels parlés. D'autres vivants se rattrapent aux parois du gouffre. Rêvent de commerce à eux, de maison, de vies conduitesà leur terme, d'automonbiles, d'autres machines, de désir comblé et du vide qui vient après. Genoux flageolants, fièvre au ventre. D'éternelles conclusions. Les histoires comme celle-la commencent quand la fête est terminée, les comptes faits, les projets perdus. Il ne reste plus qu'à rebrousser chemin. Valser à chaque coup. Marre des fantaisies, assez ri pour le moment.

          Ah! On ne se sent pas tranquille. Jamais. Faudrait une coupure. Mais non.

          C'est un vrai moteur qui prend feu. Les heures se précipitent dans le noir. On nous raconte les mêmes histoires, tous les jours. Des histoires fabriquées. Mais il n'en existe pas d'autres, mes chéris, jurait maman, butée là-dessus. Elle tremblait, elle bourdonnait. C'était une guêpe toute noire et dorée quand elle parlait du monde et des autres. On lui avait tatoué sur le ventre la même histoire de sang et de possession. Qui peut comprendre quelque chose à sa vie s'il n'a jamais trempé dans des histoires racontées des autres? La plus sûre protection contre la mort - Une histoire qui commence. Mais qui raconte quoi? Et qui ou quoi nous sauve de la mort à l'intérieur des histoires? Cavernes ou ventres. Les ombres dévorent

          Il y a aussi des histoires qui tuent
          La nécéssité peut devenir très forte de raconter pour nier comme la mort nie
          Aujourd'hui raconter c'est dire non
          Raconter, c'est être athée
          Est ce qu'on nie en racontant de cette façon, comme pour tuer?
          C'est quelque chose de non qualifié par aucune autre histoire avant
          Raconter, c'est parfois aussi dire non à la vie
          Aux autres
          Dire non à sa mère, non à toutes les femmes
          Non comme naître ou nommer, ou nombrer

          On se racontera tout, disent les enfants. Le paradis ça sert à ça; à tout se raconter une bonne fois pour toutes. Personne d'oublié. Ou bien tout le monde dans le noir bouillant sans savoir ni pourquoi ni comment. La valse reprend. Paralysie.

          On se racontera tout parce qu'on a trop longtemps été des enfants accusés toujours de mentir. Histoires. Mariages. Divorces. Naissances. Morts. Enfers.

          Nous sommes soudés. Chacun est l'ancre de l'autre. Chaque histoire est une petite institution possible de la vie humaine. Et chaque vie se laisse pénétrer par les histoires comme par une infiltration très lente. La vie s'efface, les histoires restent et ressemblent à une sorte de tunnel ou va se réfugier l'espèce. Surtout les histoires sentimentales de meurtre et d'abandon. De poignantes erreurs. Grands désordres.

          Raconter, c'est délivrer. Se délivrer de la fin. C'est raconter la lutte du bien et du mal. C'est suspendre tout jugement, en appeler à l'ignorance, s'arracher du rang ordinaire des meurtriers ou des salauds.

Ecrit par Lindsay , le Vendredi 17 Octobre 2003, 18:07 dans la rubrique "verso...".


Commentaires :

  Katalina
17-10-03
à 18:51

Est-ce toi qui a écrit cet article?

Katalina


  Lindsay
17-10-03
à 20:31

Non...

C'est l'intro du livre 'une fée' de Frédéric Boyer
Je l'avais écrit comme sous-titre mais apparamment ça ne s'affiche pas avec cette mise en page.

J'ai beaucoup aimé ce livre, j'ai beaucoup aimé l'intro. Surtout la fin...

Merci pour le comment...


  Katalina
18-10-03
à 02:14

Re: Non...

J'aime beaucoup aussi...du moins l'extrait que tu as choisi...